Chronique
7 octobre 2016
Agriculture
Bois et déchets verts

Quand la pollution particulaire bouleverse les prévisions… et notre ADN

Alteo en fond Carrière Malespine à l'avant plan
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Déclaration Universelle des Droits du Polluant Atmosphérique Toxique. Article 1 : toutes les particules fines ne naissent pas libres et égales en composition chimique et toxicité. Article 2 : toutes les pollutions particulaires peuvent se prévaloir de toutes les libertés de nuire comme elles l’entendent, sans distinction de proximité d’usine…Le dernier colloque annuel de l’Observatoire Hommes Milieux du Bassin Minier de Provence aurait pu illustrer cette paraphrase de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Dominique Robin, Directeur Air PACA lors de la conférence à Simiane

L’Observatoire Hommes Milieux du Bassin Minier de Provence divulgue ses travaux chaque automne au cours d’une journée consacrée aux pollutions étudiées sur ce territoire.

Les travaux présentés en 2016 concernaient l’impact sur la qualité de l’air de l’usine Altéo de Gardanne (13) et de son site de stockage de résidus de bauxite, à Mange Garri.

 

Yves Noack, directeur de recherches au CNRS pouvait ainsi souligner, le 27 septembre dernier à Simiane (13) que « la dangerosité des particules est fonction de leur nombre, de leur taille, de leur forme mais aussi de leur bio accessibilité ». Leur faculté à se dissoudre dans l’organisme humain fait souvent leur nocivité. Telle particule d’arsenic, sous forme métallique, sera nettement moins toxique pour l’homme que sous sa forme soluble.

Pas de seuil d’exposition aux polluants pour les macromolécules humaines

La Spéciation, c’est le terme pour dire la forme chimique d’une particule, est essentielle pour jauger sa dangerosité. Et si les particules issues de déchets d’alumine d’Altéo peuvent transporter une quinzaine d’éléments tels que zinc, cadmium ou nickel, une étude menée sur cinq sites en 2015, montre qu’on en retrouve globalement plus sur un site en plein bourg de Gardanne qu’entre les collines de Mange Garri, où l’industriel Altéo stocke pourtant à l’air libre ses résidus de fabrication d’aluminium.

Mais, bien que la règlementation actuelle ne s’intéresse pratiquement qu’à la quantité mesurée, celle-ci n’est  pas le seul critère. « Il n’y a pas de seuil d’exposition aux polluants pour notre ADN » prévenait alors Thierry Orsière, génotoxicologue attaché à l’Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Ecologie (IMBE Aix-Marseille).

Or, c’est une autre étude, menée par Air PACA, celle-ci sur cinq sites de prélèvements, que ce chercheur en toxicologie commentait à ce propos. « C’est à Trets, loin de l’usine d’alumine d’Altéo, de la cimenterie Lafarge de Bouc-Bel-Air et de la centrale thermique de Gardanne-Meyreuil, que la génotoxicité des particules fines prélevée dans l’air était la plus forte ». Ce site témoin éloigné recueillait en fait les particules issues de la circulation automobile. Et, en proportion égale, ceux de nombreux chauffages au bois dépourvus de système de traitement.

Les composés chimiques du bois brûlé cassent les chromosomes des cellules humaines

« L’étude a montré que les cellules mises en présence des particules issues du bois comme du diesel réagissaient plus que celles issues de la bauxite ou de l’alumine, du point de vue de la toxicité » précise Dominique Robin, le directeur d’Air PACA.

coupe de bois

On trouve dans ces particules de bois brûlé, en particulier, des Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques (HAP), reconnus cancérogènes par l’OMS.

Les tests en laboratoire menés à l’occasion de cette campagne de mesure ont montré que les chromosomes de cellules humaines étaient cassés par les composés chimiques de ces particules, probablement issues des chauffages au bois et du trafic routier, « alors que la génotoxicité (la toxicité d’un élément pour l’ADN d’une cellule) était, relativement, plus faible à Gardanne, près d’un site industriel » s’étonne Dominique Robin.

Résultat baroque, mais plein d’enseignements pour les observateurs. Ainsi la pollution atmosphérique pourrait-être présenter des caractères de dangerosité plus important là où l’air fleure bon la campagne, que près des fabriques fumantes. N’est-il pas urgent de s’intéresser mieux à la qualité chimique des particules mesurées dans l’air ambiant de Provence ?